lundi 12 avril 2021

Ca mange quoi un ours quand il se réveille au printemps ?

Suite à la rencontre de l'ourse avec son ourson, j'avais envie de retourner dans le massif sur une autre zone pour voir si il y avait des indices de présence d'autres ours ou des informations sur la petite famille. Profitant de nouvelles averses de neige ce week-end, je suis parti pister.
Mon choix s'est porté sur une zone plus en aval de là où la petite famille a passé l'hiver. Me demandant de quoi ils pouvaient bien s'alimenter en sortie d'hibernation, je voulais voir s'ils étaient descendus pour trouver de la nourriture. Sur cette partie sud, la végétation est un peu en avance mais, il n'y a pas grand chose. La voiture garée bien loin de la zone à explorer, il me faudra un bon moment pour grimper la-haut mais je ne suis pas monté pour rien.
Sur la lisière entre la forêt et la zone de pâturage, il y a quelques étangs où les animaux peuvent trouver de l'eau. Bien que le temps ne soit pas au sec, les animaux ont l'habitude de venir dans cette zone. Je reste en bordure sous couvert des buissons, ce qui va me permettre d'observer un bon moment cette biche profitant de la végétation qui démarre et décide de passer à découvert pour aller vers l'étang. Bien que dissimulé par les buissons, elle finira par repérer sûrement un léger mouvement. Elle me fixe, elle a vu. Alors, je ne bouge plus, déjà allongé, je me fais oublier. Elle disparaîtra derrière d'autres buissons, elle n'est pas partie bien loin.
Je la laisse pour continuer à grimper et passer sur la crête entre ici et la combe des ours. En parcourant progressivement cette crête, je vais trouver beaucoup d'indices dans la neige, quelques loups sont passés ici et là en coupant l'axe de la crête, un cerf a suivi la piste de la crête tout du long, il est devant moi, des renards, des lièvres, des écureuils, un sanglier sont aussi passés par là mais aucune trace d'ours. Seules deux vieilles crottes de l'an dernier bien conservées par la neige avec plein d'épines d'épicéa dedans.
Alors, je redescends.
 
Biche venue boire à la mare et manger les premières pousses vertes                                          @Thierry Magniez

Retour sur la lisière de la forêt et je retombe sur la biche. Je peux l'observer un moment, elle est vraiment très méfiante et bien que très loin avec les jumelles, elle finit par partir. Je ne sais pas si c'est moi qui l'ai dérangée mais elle n'est pas parti bien loin. En l'observant, j'ai trouvé que la position des pierres à cet endroit n'était pas naturelle alors, j'ai décidé d'aller voir. Arrivé sur les lieux, je vois que la biche est restée un bon moment là, c'est bien piétiné, elle s'est même couchée. Les pierres sont effectivement bien rangées, on peut imaginer quelques constructions anciennes bientôt totalement effacées et là surprise. Une belle crotte, pas de l'an dernier celle-ci, toute fraîche. Il était là, il y a peu, ce qui explique peut être la méfiance de la biche. Peu importe, j'ai trouvé ce que je cherchais, le contenu de cette défécation m'apporte la réponse à la question que je me posais en arrivant : « que peuvent bien manger ici les ours en sortie d'hibernation ? ».
L'avantage avec les crottes, c'est qu'elles racontent des histoires si on prend le temps de les observer. Premier point, elle est froide donc il est sûrement déjà loin ( ou pas ). Muni d'un petit bâton, j'ouvre celle-ci, aucune différence de consistance ou de couleur entre l’intérieur et l'extérieur, elle n'a pas eu le temps de sécher ou de changer de couleur avec l'air ou le soleil. Et maintenant, « Qu'est ce qu'il y a là dedans ? », Je découvre de multiples grains avec une forme bien caractéristique noyés dans une matrice brune présentant de très petites fibres. Voilà donc le bilan : notre ours, probablement un autre que la femelle suitée que j'ai observée cette semaine, vu la taille imposante de l'étron, se nourrit en ce moment exclusivement de cynorhodons, autrement dit de « gratte-cul ». On retrouve les akènes et le poil à gratter caractéristiques des fruits du rosier et de l'églantier.
 
Excrément d'ours contenant exclusivement des restes de Cynorhodons                                             @Thierry Magniez

 
Pas l'ours, le rosier sauvage, l’églantier. Les quelques fruits qui restent de l'automne dernier semblent faire le régal de notre grosse bestiole à poils. La lisère de forêt est marquée par une frange arbustive avec beaucoup de rosiers, c'est le lieu idéal pour faire un bon repas. Je l'imagine là, dans cette zone dégagée, debout sur ses pattes arrières, les lèvres avancées comme une petite trompe, prélevant délicatement les fruits les uns après les autres pour se remplir l’estomac.
C'est le lieu et le moment idéal pour l'observer et faire de beaux clichés mais il faut rentrer, tout le monde est confiné et j'ai suffisamment profité. Avant de partir, je ne peux résister, comme lui, je vais en goûter. Sans me piquer, je détache un premier fruit auquel j'enlève la queue et les restes de sépales fanés. Bon d'accord, je pense que lui, il est moins délicat et qu'il mange le tout, quoi que je n'ai retrouvé aucune trace des sépales coriaces et de la queue des cynorhodons dans ses déjections. Quoi qu'il en soit, c'est délicieux, de vrais petits bonbons. Secs, il faut mâcher et saliver un peu pour que le fruit ramollisse, cracher les akènes qui sont nombreux et le goût sucré un peu comme des fraises séchées est très agréable.
 
Rosier sauvage avec encore quelques cynorhodons que les ours vont pouvoir manger                     @Thierry Magniez

 

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