mardi 18 janvier 2022

Sur la piste des loups

 Sur le piste du loup                                                        @Thierry Magniez
 
Depuis plus d'un an et demi, je surveille cette montagne de 20km carré, proche d'Ankara en y allant au moins une fois par semaine. Je sais qu'il y a une meute de loups sur ce territoire, avec un maximum compté, grâce aux pièges photographiques, de 7 loups en convoi et ce plusieurs fois à différents lieux de passages. J'ai découvert aussi qu'un couple s'est isolé de la meute a eu des jeunes aux printemps, dans le centre du territoire. Sur les images du piège photographique, il est possible de voir que les jeunes n'étaient pas dans le convoi donc ils sont plus que 7. 

 Loups d’Anatolie pris au piège photographique                                @Thierry Magniez
 

Lors de la séance de pistage de début février, j'ai trouvé en arrivant plusieurs pistes de loup solo à différents endroits et n'allant pas dans la même direction. Puis plus haut sur le massif, je suis tombé sur une petite clairière de crête avec une intense activité de loup : dans la poudreuse, j'ai observé des courses, des roulades, des poursuites. Les traces étaient profondes et toutes fraîches puisque sans flocons dedans malgré les fortes précipitations de neige. Donc, ils sont là autour de moi dans le sous-bois. J'ai essayé de compter le nombre d'individus mais il y avait tellement de pistes dans tous les sens, tournant en rond pour se rejoindre que c'était impossible. Les seules informations que j'ai tirées de ces observations, c'est qu'ils sont nombreux, de différentes tailles de pattes, qu'il n'y a pas les jeunes de cette année, qu'ils ne sont pas simplement de passage. Ils sont en confiance ici au vue du temps qu'ils ont passé à jouer. On n'est pas en limite mais dans leur territoire. J'ai laissé deux pièges photographiques sur place et je suis parti rapidement pour essayer de leur montrer que je ne suis que de passage. La semaine prochaine, Il sera peut être possible de les observer directement en allant passer une nuit dans ce coin.

 La piste fraîche sans neige dans les empreintes                               @Thierry Magniez
 

Continuant à monter en suivant la crête, rapidement j'ai croisé la piste de 2 adultes à grosses pattes. L’observation de leurs empreintes m'a permis de déduire qu'ils viennent juste de passer (pas de neige dans les empreintes) et qu'ils avancent lentement (empreintes rapprochées, zones de piétinement). J'ai donc décidé de les suivre sans vraiment l'espoir de les rattraper mais histoire de faire connaissance en faisant un bout de route ensemble ou presque. Ça a duré 4h. 4h à avancer rapidement dans la neige entre les branches de la forêt avec les skis dans le dos. La plupart du temps en dévers. Ils ont parcouru tout le versant nord perpendiculairement à la pente. 4h à se prendre pour un loup , à essayer d'observer autour, à suivre les traces, à imaginer où je passerais si j'étais loup, avancer rapidement sans faire trop de bruit. Il fait froid, il ne faut pas trop transpirer, quand on est trempé de sueur, ça ne sèche pas, ça gèle. Malgré une progression que je pensais rapide, rapidement j'ai commencé à observer de la neige sur les empreintes, signe qu'ils avaient pris de l'avance. Effectivement, ils sont passés au trot, leur rythme préféré pour parcourir de grandes distances.

 Le sous-bois, lieu du suivi                               @Thierry Magniez
 

Au bout de 2h, arrivant en fin de versant nord, ils sont légèrement remontés vers un lieu que je connais bien puisque c'est là que la meute a passé le plus froid de l'hiver dernier. Ralentissant la cadence, le jeu a commencé. La rencontre d'un troisième compère a changé leur attitude. Ils ont commencé à mêler leurs pistes, ils se séparaient pour remonter ou descendre, prenant des directions différentes et allant assez assez loin pour ensuite se rejoindre. Parfois, il y avait trois pistes différentes. J'ai commencé à suivre ces pistes divergentes, une première fois puis une seconde fois. Chaque fois, ils se retrouvaient au même point tous les trois. Ces points se trouvaient sur la trajectoire globale qu'ils empruntent depuis le début. On est sur la même direction depuis des km. La fatigue venant, j'ai décidé de ne plus suivre ces traces divergentes et de suivre la direction principale. Chaque fois, je quittais leurs empreintes et je retombais sur leurs pistes un peu plus loin. Au bout d'un moment, il y avait de moins en moins de neige dans les empreintes. Alors je me suis dit « si je me rapproche c'est qu'ils le veulent bien ».

 La piste avec un peu de neige dans les empreintes                               @Thierry Magniez

Ils commencent à m'observer :
On continue en diminuant le rythme, progressant en altitude, l'épaisseur de neige augmente. Je ne veux pas perdre de temps en fixant les skis et de toute façon, le sous-bois et encore trop dense pour passer avec eux aux pieds. Les loups sont juste devant. Les pistes me montrent que régulièrement en passant sous un relief, l'un des loups fait un détour, une boucle vers le haut revenant en arrière pour se positionner sur ce haut point et observer leur arrière. Trois fois, j'ai observé cette démarche. Chaque fois, sur le relief, il y a plein de traces, l'individu piétine il s'assoit, il semble être resté un bon moment, peut être le temps de m'attendre puis il revient dans ses traces pour rattraper les autres. Je suis observé.

Il y a un mois, en suivant un autre loup, nous avons ainsi pu échanger un regard. Il avait utilisé la même technique et il m'a attendu. Quand je l'ai vu, il a filé. Là, je n'ai pas réussi à les voir et j'ai continué à suivre car j'avais un piège photographique dans le coin. J'ai donc suivi les empreintes sans me presser.

 Ils sont la un peu plus haut sur la crête, la forêt les cache                               @Thierry Magniez

Surprise, la piste des trois loups va directement au piège posé la semaine précédente. Ils vont jusqu'à l'arbre où est le piège en bordure de combe ouverte, ils piétinent autour du tronc du côté opposé au piège et repartent dans une nouvelle direction, droit vers la crête. Arrivé sous cette arbre, je ne comprends pas pourquoi, ils sont venus jusque là, marquant une pause et repartant dans une nouvelle direction. Je récupère le piège, j'y reste un bon moment en me disant que de toute façon, ils sont partis loin. Puis rééquipé de tout mon barda, je remonte la piste des loups qui semble aller vers la direction que je dois prendre pour rentrer au plus court.

 La lisière de forêt où nos chemins se séparent                               @Thierry Magniez

En route pour le retour, je marche sur la piste des trois loups, il y a que très peu de neige dans les traces, les loups semblent aller très lentement, ils marchent en faisant de petit pas. Parfois, on peut voir qu'ils ont fait demi-tour et une pose en regardant vers l'arrière. Je pense au fait qu'ils soient allés jusqu'à l'arbre où est le piège, une coïncidence, ça semble peu probable tout de même. En même temps, les pièges ne sont pas placés au hasard, je les dispose aux lieux de passage, aux endroits importants pour eux. Il y a peut être aussi mon odeur du côté de cet arbre. J'y suis parfois resté en affût presque une journée entière. Ça fait plus d'un an et demi que je viens dans ce coin, ils reconnaissent peut être mon odeur. Je tourne tout ça dans ma tête pour essayer de comprendre pourquoi, ils sont allés droit à cet arbre. La tête dans mes pensées suivant par reflex les empreintes dans la neige, je ne m’aperçois pas de suite que les empreintes sont on ne peut plus fraîches, aucune neige dedans. Ils m'attendent, c'est complètement fou. Ils sont là juste devant sur la crête, j'imagine mais il y a beaucoup trop de végétation pour les voir. J'aurais bien fait une pose ici sans avancer plus pour voir s'ils viennent mais avec l'effort intense que je viens de faire, la neige qui tombe et ce vent fort, je vais attraper froid, geler sur place, je ne dois pas me refroidir. Tout en tendant l'oreille, j'avance doucement jusqu'à la crête. En montant ces quelques dizaines de mètres, je constate que les empreintes aux sol se remplissent très vite de neige. Il ne faudra pas longtemps pour que les empreintes soient effacées. En peu de temps, je débouche sur la crête, une zone plus ouverte avec un vent glacial. Ils viennent juste de partir. Ils sont restés un bon moment sous les derniers arbres, les pattes tournées vers la position où j'étais. Les trois ensemble devaient m'observer, m'écouter, me sentir. Je pense que c'est quand j'ai commencé à remonter vers la crête qu'ils sont partis. En regardant les traces, on voit qu'ils se sont lancés dans la pente en courant, ils ont redescendu le versant sud tout droit pour retrouver la forêt un peu à contre bas.

 Paysage blanchi par le froid                               @Thierry Magniez
 

J'ai quitté ces trois loups à la lisière de la forêt puisque je devais aller vers l'est et qu'ils sont partis vers l'ouest. Même si l'on ne voit pas les individus lors de ces bouts de chemin plus ou moins ensemble, on apprend beaucoup sur les animaux que l'on piste et je suis certain qu'ils vont petit à petit s’habituer à mon odeur.

vendredi 14 janvier 2022

pister

 La piste du renard passé là aux première heures du jour                               @Thierry Magniez
 
Pister, ça semble dépassé comme une technique d'un autre temps, celle de l'homme chasseur qui suit une piste pour se nourrir : suivre, traquer, abattre, manger. Non, c'est tellement plus en se contentant de suivre. Le pistage se fait à partir d'une trace, d'une empreinte, d'une couche, d'un excrément, d'une griffure, d'un frottement, d'un poil sur une branche, de restes de repas et l'enquête peut commencer. Après observation méticuleuse de cette première découverte, la considérer comme un indice puis en chercher d'autres pour comprendre un déplacement, les limites d'un territoire, des habitudes alimentaires. Utiliser nos 5 sens pour pister, c'est ce qu'il y a de plus complet, de plus informatif pour essayer d'interpréter la vie animale. Tous ces indices d'activités sont comme des messages qu'il faut apprendre à lire pour comprendre le langage utilisé par les animaux d'un milieu naturel. 
 
 
 Traces de griffes et dépôt de poils d'ours sur un arbre                               @Thierry Magniez

Chaque animal dans un milieu laisse des indices olfactifs, visuels ou sonores. Ces marques peuvent être les traces laissées involontairement lors d'une activité mais elles peuvent être aussi des traces volontaires pour communiquer avec les autres comme dans les cas de marquage de territoire, de cris d'alarme ou de recherche de partenaire pour la reproduction. Pour les autres animaux, ces indices peuvent être considérés comme des messages permettant une communication interspécifique qui guidera leurs activités. Pour se protéger, manger, se reproduire cette communication interspécifique est indispensable. De passage dans ce milieu, on est souvent sourd vis à vis de cette communication riche et complexe : en randonnée, en balade, à la recherche de champignons ou de belles images nos activités dans le monde animal sont multiples, laissant de nombreux indices pour les autres espèces, on s'attarde peu à lire les messages des autres.
 

 Empreintes d'un jeune ours sortie pendant un redoux cet hiver                       @Thierry Magniez
 

Le chasseur piste pour tuer, là c'est tout autre chose, on piste pour comprendre.
Dans un environnement, toutes les espèces vivent à partir des autres, nous y compris. Pour une espèce, l'apparition ou la disparition d'une autre espèce ont toujours des conséquences directes ou indirectes qui influenceront leurs activités, nous y compris. Chaque animal échange des informations avec les autres pour adapter ses activités à celles des autres, pourquoi pas nous ? Pister permet d'écouter et de comprendre les autres animaux qui vivent avec nous.

 

 Empreintes de loup                               @Thierry Magniez
 
Déplacement de la meute, ils sont 2 sur l'image mais 5 autres suivent     @Thierry Magniez
 

Pas besoin de matériel technique, lourd ou coûteux, on est comme les autres animaux naturellement tout équipé : nos 5 sens. La majorité des animaux a développé des adaptations pour optimiser certains sens alors que notre mode de vie ne nécessite pas de sens optimisés. On se contente généralement d'une sensibilité moyenne voir médiocre, ce qui ne nous aide pas pour percevoir les messages laissés par les autres animaux. Pour pister, il faut donc être plus attentif : prendre le temps d'observer autour de soi, tendre l'oreille à toutes sortes de sons, ne pas hésiter à manipuler, toucher, trifouiller, utiliser son nez ou sa bouche pour sentir ou goûter. Il faut faire travailler ses sens.
Certains livres guides, la logique, la réflexion permettent ensuite d'interpréter ces stimulus comme des messages et c'est ensuite comme l'apprentissage d'un langage universel.

 Empreinte de loup                               @Thierry Magniez

jeudi 6 janvier 2022

Voyage au pays de montagnes qui fument et des poissons rouges

Ce matin, pour les élèves de la classe d'Andronique, classe de moyenne et petite section du lycée français Charles De Gaule d'Ankara, c'était l'expédition. 
 

Le voyage au pays des montagnes qui fument et des poissons rouges a été vécu comme une véritable aventure. Matériel d'expédition et photographies ont rendu le récit de cette histoire plus réel. A voir tous ces yeux et ces bouches grands ouverts, ils y sont vraiment partis.

 
 
Nous avons suivi pas après pas la piste de l'ours du Kamtchatka qui nous a permis de découvrir les relations qu'il a avec les autres êtres vivants dans ces milieux naturels. Indice après indice, nous avons découvert énormément d'informations sur les habitudes de l'ours. De formidable rencontres animales ont lieu lors de se spectacle tout en découvrant la vie en expédition.
 

 
 


Ce travail de sensibilisation à partir d'une histoire qui ne se passe pas en Turquie est une introduction à un éventuel travail sur les ours d'Anatolie.

Sur la piste des loups

  Sur le piste du loup                                                                @Thierry Magniez   Depuis plus d'un an et demi...